Des millions de dollars de fonds publics envoyés à une société privée grâce à une « banque mafieuse »

(Paris, le 22 novembre 2021) L’un des plus importants importateurs de produits alimentaires de la République démocratique du Congo (RDC), Egal, a utilisé la BGFIBank RDC pour verser des millions de dollars à des comptes liés à l’ancien président Joseph Kabila pendant son mandat, a déclaré aujourd’hui la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) dans son rapport. Le rapport de PPLAAF est publié dans le cadre des enquêtes de Congo Hold-up.

La société Egal - dirigée par les plus proches associés de Kabila – se présentait comme une entreprise patriotique, dont l’objectif premier était de faire baisser les prix des denrées alimentaires pour les Congolais, qui sont confrontés à des niveaux de famine sans précédent. Le nouveau rapport de PPLAAF révèle comment la société a dépensé des fonds publics pour acheter des biens de luxe et a expédié plus de mille animaux sauvages, dont des girafes, des rhinocéros blancs et des éléphants, vers les vastes propriétés privées de Kabila.

Egal a été financée grâce à 43 millions de dollars détournés de la Banque Centrale et à 34,6 millions de dollars de transferts suspects passés à travers la branche congolaise de la BGFI. La holding de cette dernière est en partie détenue par la famille présidentielle gabonaise.

Le chef de la lutte contre la corruption en RDC, Jules Alingete, a déclaré à Congo Hold-up qu’Egal devait être au courant du détournement des fonds de la Banque centrale. Il a déclaré que la BGFI appartient à un « groupe mafieux » et que « ce qui s’est passé est inacceptable ». Dans une lettre adressée plus tôt dans l’année à Egal, publiée en ligne, il avait exonéré la société.

« Egal est le symbole du cynisme et de la corruption qui ont privé le Congo de fonds dont il avait désespérément besoin », a déclaré Gabriel Bourdon-Fattal de PPLAAF. « Une société avec une façade d’héroïsme patriotique, visant à fournir des aliments abordables pour tous - seulement pour servir de tirelire dorée aux amis du président ».

PPLAAF publie son rapport dans le cadre du projet d’investigation Congo Hold-up, qui se fonde sur la plus grande fuite de documents sensibles du continent africain à ce jour. Initié par PPLAAF et Mediapart, et coordonné avec le réseau European Investigative Collaborations (EIC), ce projet de six mois révèle comment la BGFI a été utilisée pour piller les fonds publics et les ressources naturelles de la RDC. Ce pillage a largement profité au cercle restreint de Kabila, président de 2001 à 2019.

Le rapport du PPLAAF, « Une histoire poiss(onn)euse : les amis du Président et le pillage d’une nation affamée », révèle que la Banque centrale a donné 43 millions de dollars à Egal en 2013, pour servir de garantie à d’énormes prêts auprès de la BGFI. Alors que les 43 millions de dollars étaient censés rester intacts sur un compte de dépôt, la société a envoyé, en 2013, quelques semaines après leur arrivée, trois millions de dollars sur un compte affilié à Kabila. Un message écrit par un agent de la banque confirme qu’il s’agissait d’une « demande de transfert […] d’Egal à la présidence ».

Trois millions de dollars supplémentaires ont été envoyés par Egal à une société écran dirigée par le PDG de BGFI au Congo, Francis Selemani, le frère adoptif de Kabila.

Dans une autre affaire parallèle, Egal a expédié des centaines d’animaux sauvages, y compris des familles d’éléphants, vers des fermes que Kabila transformait en zoos privés.

Le rapport de PPLAAF révèle également une opération de couverture menée par les plus hauts dirigeants de la branche congolaise de la BGFI, après que des auditeurs et des cadres du siège de la BGFI ont commencé à examiner les transactions d’Egal. Dans le cadre de cette opération, la BGFI a produit de faux documents pendant que la Banque centrale et Egal trompaient les autorités congolaises chargées de la lutte contre la corruption, qui relèvent de l’actuel président Félix Tshisekedi.

« Grâce à un don de 43 millions de dollars de la Banque centrale, Egal pouvait envoyer des millions sur des comptes affiliés au président et à sa famille, et approvisionner ses vastes propriétés foncières en girafes, rhinocéros blancs et éléphants », a déclaré Daniel Balint-Kurti, journaliste indépendant et auteur du rapport. « Et la banque au centre de tout cela a aidé à étouffer l’affaire ».

La BGFI, Selemani, d’autres dirigeants de la BGFI, la Banque centrale et Kabila ont tous refusé de répondre aux questions détaillées. Egal a déclaré à PPLAAF et à ses partenaires qu’elle avait été disculpée par les autorités congolaises chargées de la lutte contre la corruption, tout en précisant qu’elle ne pouvait pas faire de commentaires car l’affaire était toujours en cours d’investigation.

PPLAAF a exposé pour la première fois les transactions corrompues de la BGFI en juillet 2017 en travaillant en étroite collaboration avec le lanceur d’alerte Jean-Jacques Lumumba - ancien responsable du département crédit de BGFI au Congo - et les journalistes du Monde et de Organized Crime and Corruption Reporting Project. PPLAAF fournit également à Lumumba des conseils juridiques gratuits depuis janvier 2017.

PPLAAF est une organisation non gouvernementale créée en 2017 pour protéger les lanceurs d’alerte, ainsi que pour les défendre et engager des litiges stratégiques en leur nom lorsque leurs révélations traitent de l’intérêt général des citoyens Africains.

Près de 100 contributeurs issus de 19 médias et de cinq organisations non gouvernementales, répartis dans 18 pays, ont travaillé sur l’enquête Congo Hold Up. En examinant 3,5 millions de documents - et des millions de transactions - le consortium a découvert que Kabila et ses associés ont détourné au moins 138 millions de dollars des caisses publiques entre 2013 et 2018. Les fonds pillés provenaient de diverses institutions publiques, notamment de la commission électorale, de la Banque centrale et même des paiements de l’ONU pour les casques bleus congolais en mission en République centrafricaine.

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Pour plus d’informations, veuillez contacter:

  • Daniel Balint-Kurti, auteur du rapport (anglais, français) : balintkurtidaniel@gmail.com
  • Gabriel Bourdon- Fattal, chef de projet PPLAAF (anglais, français) : gabriel@pplaaf.org ou +33-6-58-01-61-96

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