L’affaire du diamant « Fancy Green » et des malversations dans le secteur diamantifère congolais

La corruption est un chancre qui suce sans désemparer nos nations africaines, ce qui est inadmissible en soi... il est impérieux que cet état d'esprit cesse durablement

Expert en évaluation des diamants bruts à Mbujimayi, Claude Mianziula était en collaboration avec la société minière de Bakwanga, la MIBA, détenue à 80% par l’État congolais.

En janvier 2019, lors d’un contrôle de routine au sein de la centrale de triage des diamants, Mianziula y signale la découverte d’un diamant « Fancy Green » de 2,30 carats. Près d’un mois plus tard, ledit Fancy Green qui devrait normalement se retrouver dans un lot de diamants qu’il devait d’évaluer (financièrement) ne s’y trouve pas. Il prévient alors sa hiérarchie de sa disparition, ce qui porte sa hiérarchie à initier une commission composée de 4 d’experts (présidé par François Sangani) ayant pour mission de mener de profondes investigations au sein de la centrale de triage des diamants bruts de la MIBA. Cette commission mènera à la découverte d’un réseau mafieux extrêmement bien structuré, ayant mis en place un système de corruption substituant 3.012,67 carats de diamants de grande valeur marchande, par d’autres diamants de très faible valeur financière. En fin de compte, les investigations finales porteront sur un total de 6.656 carats de diamants de grande valeur marchande subtilisés et ce, sur une période allant de janvier 2018 à février 2019, y compris le Fancy Green de 2.30 carats ayant une valeur marchande de 89.440 dollars US, pour un montant (minimal) total de 10.047.658 pour la période précitée ci-haut.

Le rapport d’expertise aboutira sur la table du conseil d’administration de la MIBA. À la suite de ce rapport, François Sangani est licencié.

Les multiples dénonciations de Claude Mianziula vont permettre de lancer des enquêtes judiciaires, en juillet 2019, sur les malversations existantes au sein de la société minière.

Les manœuvres d’intimidation judiciaires

Pour tenter d’étouffer l’affaire, des actions judiciaires ont été intentées à l’encontre de Mianziula. Une plainte pour imputations dommageables et injures publiques sera déposée par Mme Linda Kabu Mukendi, employée de la MIBA et épouse de M. Jean Claude Mampuya, directeur financier de la MIBA.

A la suite de cette plainte, Claude Mianziula est arrêté le 4 juillet 2020 et détenu en prison pour une durée de 55 jours. Acquitté par le Parquet de Mbujimayi au Kasaï Oriental le 28 août 2020, Mianziula est libéré. Il reste toutefois condamné à une amende de 1500 dollars pour injures publiques contre le directeur financier de la société minière de Bakwanga alors que celui-ci n’était pas plaignant.

Bien que le conseil d’administration eût à exiger le licenciement de deux agents incriminés dans le vol du Fancy green, curieusement la société minière nia l’existence dudit diamant « Fancy Green » tout au long du procès qui s’en suivi. Ce dernier aboutira à la condamnation par la justice du chef du service de classement des diamants de la MIBA qui fut reconnu coupable de son vol, le 18 septembre 2020. Condamné à deux ans de prison ainsi qu’au remboursement du prix de la pierre à la société en première instance, il sera cependant acquitté devant la Cour d’Appel de Mbujimayi le 25 novembre de la même année.

Mianziula fait partie des lanceurs d’alerte congolais qui ont dévoilé au grand jour la corruption et les détournements de fonds et doit, à ce titre, être protégé. Lors de son arrestation, il avait d’ailleurs été soutenu par la société civile qui avait rédigé une lettre afin de dénoncer son arrestation et sa détention abusives et d’exiger sa mise en liberté. Aujourd’hui, aux côtés du mouvement « le Congo n’est pas à vendre », la PPLAAF exige une protection du statut de lanceur d’alerte.