COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Nigeria : Les biens immobiliers de la famille d’un ancien gouverneur échappent toujours aux autorités

PPLAAF révèle l’existence des biens immobiliers achetés par des membres de la famille de Chimaroke Nnamani, ancien gouverneur de l’État d’Enugu, après des accusations de crimes financiers

(Abuja, 17 Septembre 2026) – De nouvelles informations recueillies par la Plateforme de Protection des Lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) ont permis d’identifier aux États-Unis des biens immobiliers achetés et vendus par des membres de la famille de l’ancien gouverneur Chimaroke Nnamani, qui seraient passés inaperçus des autorités nigérianes et américaines. Chimaroke Nnamani a été élu gouverneur de l’État d’Enugu en 1999 et est resté en fonction pendant huit ans, jusqu’en 2007. Peu avant son départ, l’Economic and Financial Crimes Commission (EFCC), l’une des principales institutions nigérianes de lutte contre la corruption, a engagé des poursuites contre Nnamani, sa sœur Chinero Nwaigwe et des entreprises qui leur sont associées, les accusant d’avoir détourné et blanchi environ 41,8 millions de dollars américains provenant de l’État d’Enugu.

Les procureurs nigérians ont allégué que Nnamani et Nwaigwe avaient détourné des fonds publics depuis le Nigeria vers leurs comptes aux États-Unis. Le Federal Bureau of Investigations (FBI) a poursuivi cette piste et a découvert l’existence d’entreprises, des virements bancaires ainsi qu’un bien immobilier d’une valeur de 1,8 million de dollars situé sur Bridgewater Drive, en Floride, liés à Chimaroke Nnamani.

Les enquêtes menées par PPLAAF ont mis au jour plusieurs autres biens immobiliers ne figurant pas dans les procédures nigérianes ou américaines tous liés à Chimaroke Nnamani via des membres de sa famille, dont deux autres biens acquis pour plus d’un million de dollars américains. Pendant et après son mandat, Nnamani et ses proches ont acquis au moins neuf biens immobiliers au total en Floride et en Virginie, pour une valeur de plusieurs millions de dollars. Sept de ces biens immobiliers ont été acquis après l’engagement d’une procédure par l’EFCC à son encontre.

« L’affaire Nnamani montre que les autorités sont conscientes de la présence d’un blanchiment transcontinental de fonds publics nigérians envers l’immobilier américain », a déclaré Jimmy Kande, directeur exécutif de PPLAAF. « Toutefois, les conclusions de PPLAAF démontrent que l’ampleur de ces opérations est bien plus importante que ce que les autorités soupçonnaient jusqu’à présent. Les personnes politiquement exposées (PPE) ainsi que les membres de leurs familles impliqués dans des crimes financiers internationaux devraient faire l’objet d’enquêtes plus approfondies. »

Le 22 septembre, PPLAAF publiera un rapport d’enquête détaillant comment des biens immobiliers américains d’une valeur de plusieurs centaines de millions de dollars sont liés à des actuels et anciens responsables nigérians de haut niveau. Le rapport révélera également l’ampleur des structures et des lacunes réglementaires qui permettent à des richesses publiques détournées de franchir les frontières et de se retrouver discrètement investies dans l’immobilier à l’étranger.

Un réseau familial inconnu des autorités

L’enquête de PPLAAF a identifié deux propriétés situées à Sammy Joe Drive, à Fairfax, en Virginie, achetées par Chinero Nwaigwe, la sœur de Nnamani et coaccusée dans l’affaire engagée par l’EFCC contre lui. La première propriété a été achetée en 2004 pour plus de 708 000 dollars américains et la seconde en 2007 pour 1 million de dollars américains. Les deux biens ont été placés dans le « Nwaigwe Chinero N Trust », le second ayant ensuite été vendu pour 1,155 million de dollars américains.

Nwaigwe et les membres de sa famille ont également acheté deux autres propriétés dans le même État. L’une a été acheté pour 676 400 dollars américains puis revendue pour 800 000 dollars. L’année suivante, Glostonway LLC, une société gérée par Nwaigwe et son mari, a acheté le second bien pour un peu plus de 701 000 dollars et l’a transféré, sans contrepartie déclarée, à la fille de Nnamani, Chinero Yobachi Nnamani. Cette dernière a ensuite vendu le bien pour 785 000 dollars.

Une autre membre de la famille, Ijeoma Nnechi Nnamani, serait liée aux transactions concernant quatre autres biens immobiliers en Virginie. L’un de ces biens a été transféré, sans contrepartie déclarée, au Ijeoma Nnechi Nnamani Trust. Plus récemment, l’achat d’une maison détenue en copropriété par Ijeoma Nnamani et Chimaroke Ferguson Nnamani, le fils présumé de Nnamani, a été effectué par l’intermédiaire de Chinero Nwaigwe, la sœur de Nnamani.

Les transferts sans contrepartie déclarée, le placement des biens dans des trusts, structures juridiques opaques pouvant servir à dissimuler l’identité de leur véritable propriétaire, ainsi que la vente d’actifs avec un bénéfice minime soulèvent de sérieuses questions quant à l’origine des fonds ayant permis ces acquisitions.

Une responsabilité limitée, un impact entravé

Au Nigeria, les procédures de l’EFCC contre Chimaroke Nnamani et sa sœur ont débuté en 2007 et se sont achevées en 2018, après la conclusion d’une procédure de plaider coupable en 2015. Le tribunal a ordonné la confiscation de 22 duplex, d’un hôpital universitaire, d’une station de radio et de nombreuses parcelles de terrain.

En 2022, le FBI a découvert 21 transferts bancaires nigérians totalisant près d’un million de dollars américains, 10 sociétés pour lesquels Nwaigwe était signataire, ainsi qu’une propriété en Floride achetée pour 1,8 million de dollars américains. Les autorités ont alors engagé une procédure de confiscation, qui a finalement été annulée. La propriété en Floride a ensuite été vendue pour un peu plus de la moitié de son prix d’achat.

Entre-temps, des documents obtenus par PPLAAF révèlent qu’en janvier 2022, Chinero Nwaigwe a acheté un bien immobilier en Virginie pour 1 499 950 dollars américains. En décembre de la même année, le bien a été transféré à son frère, sans contrepartie déclarée. Chimaroke Nnamani était alors sénateur de l’État d’Enugu.

PPLAAF appelle les autorités et les organismes de réglementation américains et nigérians à enquêter sur ces structures financières transfrontalières et sur ces nouvelles propriétés. Faire la lumière sur les détournements présumés de fonds publics est essentiel à la prospérité du Nigeria.

À propos de PPLAAF

La Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) est une organisation non gouvernementale créée en 2017. PPLAAF vise à défendre les lanceurs d’alerte, enquêter sur leurs révélations, mener du plaidoyer et engager des contentieux stratégiques en leur nom lorsque leurs révélations sont en lien avec l’intérêt général des citoyens africains.

Pour plus d’informations et pour organiser des interviews, veuillez contacter

Leah Sade Olasehinde, Project Officer: leah@pplaaf.org

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