PPLAAF révèle des tentatives de transfert de biens immobiliers situés aux États-Unis vers des « trusts » par des membres de la famille de Lawrence Adedibu « Dibu » Ojerinde, ancien directeur de deux agences gouvernementales chargées d’organiser les examens nationaux au Nigeria.
(Abuja, le 31 mars 2026) – Une nouvelle enquête de la Plateforme pour la Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF), l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) et Premium Times a permis d’identifier des biens immobiliers aux États-Unis que des membres de la famille de l’ancien fonctionnaire nigérian « Prof. Dibu » Ojerinde ont cherché à placer dans des « trusts » à peu près au moment où ses avoirs au Nigeria faisaient l’objet d’une procédure de confiscation, a déclaré PPLAAF ce mardi.
Le professeur Ojerinde est un spécialiste du secteur de l’éducation qui a dirigé successivement deux des principales agences chargées de l’organisation des examens nationaux au Nigeria dont le Joint Admissions and Matriculation Board (JAMB). Il fait l’objet de deux procédures, ouvertes en 2021 et 2023, notamment pour abus de fonction et détournement de fonds publics au Nigeria. Il est actuellement poursuivi devant la Haute Cour fédérale d’Abuja, aux côtés de trois de ses enfants, de sa belle-fille et de six sociétés liées à la famille.
Des enquêtes ont révélé que, le mois précédant la publication d’un avis de l’Independent Corrupt Practices and Other Related Offences Commission (ICPC) concernant la confiscation d’un certain nombre de biens du professeur Ojerinde au Nigeria et au Ghana, ses fils et sa belle-fille avaient tenté de placer deux propriétés situées en Floride dans des « trusts ». Les registres fonciers obtenus par PPLAAF, l’OCCRP et Premium Times indiquent précisément où, quand et comment ces membres de la famille ont acheté ces biens immobiliers, ainsi que leurs tentatives de transfert des propriétés. Ces révélations s’inscrivent dans le cadre d’une enquête plus large menée par PPLAAF sur des personnes politiquement exposées (PPE) accusées de détournement de fonds et tentant de dissimuler leur propriété de biens immobiliers à l’étranger.
« Les enquêtes sur Ojerinde confirment un schéma récurrent dans le comportement financier des Personnes politiquement exposées accusées de crimes financiers et liées à l’immobilier dans leur pays et à l’étranger », a déclaré Olanrewaju Suraju, président de l’Human and Environmental Development Agenda (HEDA). « Ces similitudes évidentes démontrent la nécessité d’une coopération étroite entre les autorités à tous les niveaux, ainsi qu’entre la société civile et les médias. Le comportement de ces personnes lorsqu’elles sont liées à des achats immobiliers devrait être examiné afin de détecter des signes de pratiques illicites. »
De la confiscation nigériane au « trust » américain
L’enquête menée par PPLAAF révèle l’achat en avril 2015 d’une propriété à Miramar, en Floride, pour un montant de 380 000 dollars américains, par le fils du professeur Ojerinde, Olumide Abiodun Ojerinde, et son épouse, Mary Funmilola Ojerinde. Un mois auparavant, selon l’un des actes d’accusation, Ojerinde avait transféré les comptes bancaires de deux sociétés, également citées comme co-accusées dans son procès, à sa belle-fille. Une autre propriété à Miami, en Floride, a été achetée par Olumide et son frère Oluwaseun en 2017 pour 300 000 dollars. Ces deux propriétés ont aujourd’hui une valeur totale de 1,2 million de dollars.
Outre les accusations liées au détournement d’au moins 5,2 milliards de nairas (environ 13 millions de dollars américains) provenant d’organismes publics, l’ICPC a également accusé le professeur Ojerinde d’avoir tenté de « dissimuler la véritable propriété » de nombreux biens immobiliers. Dans le même ordre d’idées, peu avant la publication de l’avis de confiscation de l’ICPC, la propriété de Miramar a été transférée au « Lenciaga Land Trust », enregistré à l’adresse de la propriété à Miami-Dade. Le même jour, en mai 2019, l’acte de transfert de la propriété de Miami-Dade au « Venchy Land Trust », aussi enregistré à l’adresse de Miami, a été déposé. Les « trusts » sont des montages juridiques qui permettent de protéger les bénéficiaires finaux de biens immobiliers contre la divulgation publique.
Déclaration évitée et biométrie esquivée
L’enquête de PPLAAF révèle que ni l’acte du « trust » Lenciaga ni celui de Venchy ne mentionnent l’identité de leurs bénéficiaires, ce qui les rend de facto anonymes. Les deux actes indiquent également que les biens immobiliers ont été transférés à titre de donation, ce qui laisse supposer que ces transferts ne relevaient pas de transactions commerciales. La combinaison de ces éléments suggère une tentative de dissimuler la propriété des biens.
Ce mois de mars, une nouvelle règle s’appliquant à l’immobilier résidentiel a été rapidement invalidée par un tribunal fédéral du Texas peu après son entrée en vigueur aux États-Unis. PPLAAF a procédé à une analyse de cette règle qui imposait des obligations de déclaration pour les transferts non financés de biens immobiliers résidentiels à des « trusts ». Selon cette analyse, si la règle avait été en vigueur au moment des transferts des deux propriétés en Floride, ceux-ci auraient satisfait aux critères déclenchant les obligations de déclaration.
« La conduite financière mis au jour dans cette affaire présente toutes les caractéristiques du transfert qui devrait être soumis à des strictes obligations de déclaration », a déclaré Jimmy Kande, directeur exécutif de PPLAAF. « En invalidant si rapidement cette nouvelle règle, les tribunaux du Texas ont privé les autorités d’un outil important qui aurait pu empêcher que des crimes financiers ne passent entre les mailles du filet. »
PPLAAF appelle les autorités et les régulateurs américains et nigérians à enquêter sur ces structures financières transfrontalières et à prendre des mesures immédiates contre ceux qui les utilisent pour échapper à toute responsabilité quant au détournement de millions de dollars nécessaires à la prospérité du Nigeria.
À propos de PPLAAF
La Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) est une organisation non gouvernementale créée en 2017. PPLAAF vise à défendre les lanceurs d’alerte, enquêter sur leurs révélations, mener du plaidoyer et engager des contentieux stratégiques en leur nom lorsque leurs révélations sont en lien avec l’intérêt général des citoyens africains.
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Leah Sade Olasehinde, chargée de projet : leah@pplaaf.org



