Une enquête de PPLAAF met en lumière les liens entre des propriétés aux États-Unis et à Dubaï, et Abdulrasheed Maina, l’ancien patron de la task force présidentielle sur la réforme des retraites
(Abuja, 28 janvier 2026) — La Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF), l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) et Premium Times ont identifié des biens immobiliers aux États-Unis et à Dubaï, appartenant à l’ancien fonctionnaire nigérian Abdulrasheed Maina, a indiqué PPLAAF ce mercredi. En 2021, Maina a été condamné pour avoir blanchi des millions de dollars et accusé d’avoir détourné plusieurs millions de dollars du budget d’une task force chargée de réformer le système de retraites des fonctionnaires du pays.
Lors de son procès pour blanchiment d’argent, un détective avait mentionné que Maina avait acquis des biens immobiliers aux États-Unis. Mais aucune suite n’avait été donnée : la Commission nigériane des crimes économiques et financiers (EFCC) n’a jamais engagé de procédures pour les saisir. Des registres fonciers obtenus par PPLAAF, l’OCCRP et Premium Times montrent exactement où, quand et comment Maina a acheté ces biens immobiliers.
« Notre rapport remis aux autorités nigérianes chargées de la lutte contre la corruption a appuyé le procès et la condamnation de Maina pour le détournement de millions de fonds destinés aux retraités », a déclaré Olanrewaju Suraju, président de l’Human and Environmental Development Agenda (HEDA). « Mais nous ne pouvions pas limiter nos investigations à la manière dont Maina avait détourné ces fonds, nous devions également trouver ce qu’il en avait fait, dans l’espoir de pouvoir les récupérer au profit des victimes de la corruption. C’est ce que nous avons fini par faire avec PPLAAF. »
L’enquête a permis d’identifier trois propriétés achetées dans l’État du Kentucky, aux États-Unis, en 2010 et 2011 – une des périodes pendant lesquelles les autorités nigérianes affirment que Maina détournait des fonds publics – ainsi qu’un appartement-hôtel à Dubaï, en 2013. Ces conclusions s’inscrivent dans le cadre d’une enquête plus large menée par PPLAAF sur le blanchiment par l’immobilier de fonds publics détournés au Nigeria.
De la réforme des retraites à une peine de prison
En 2019, l’EFCC, chargée d’enquêter et de poursuivre les crimes économiques et financiers, a émis deux actes d’accusation contre Maina, dont un pour des détournements de fonds.L’enquête de PPLAAF révèle que les dates des faits reprochés, décrits dans l’acte d’accusation, coïncident étroitement avec les acquisitions immobilières dans le Kentucky, ce qui suggère que Maina aurait acheté ces propriétés avec des fonds obtenus de manière illicite .
Selon l’EFCC, Maina s’est livré à des pratiques similaires à celles qu’il était censé combattre. En juillet 2010, Maina était accusé d’avoir détourné l’équivalent d’environ 1,7 million de dollars américains grâce à deux faux contrats relatifs à l’enregistrement biométrique des retraités. Un mois plus tard, le 13 août 2010, il a acheté une maison à Frankfort, la capitale du Kentucky, pour 215 000 dollars américains.
Selon le même acte d’accusation, Maina et l’un de ses complices, Igwe Ann Olachi, ont détourné l’équivalent d’environ 978 000 dollars américains via un autre contrat fictif pour l’enregistrement biométrique des retraités entre juillet et décembre 2011. Au cours de la même année, Maina a utilisé une société enregistrée aux États-Unis, VIU Investment LLC, pour acheter deux maisons à Frankfort, dans le Kentucky, pour un montant total de 415 000 dollars américains. Des documents officiels précisent que ces propriétés ont été achetées comptant, sans prêt ni hypothèque.
Une affaire de famille
En 2013, alors que de plus en plus de soupçons pesaient contre lui, Maina a transféré la propriété de deux de ses maisons au Kentucky à un trust dénommé le « Abdulrasheed Maina Children’s Trust », avant d’acheter un appartement-hôtel à Dubaï pour près de 670 000 dollars américains. Cette propriété aux Émirats arabes unis est aujourd’hui enregistrée au nom de sa fille.
Après avoir mené sa propre enquête, HEDA a déposé un rapport auprès de l’EFCC, qui a ensuite engagé des poursuites pénales devant la Haute Cour fédérale d’Abuja. En 2021, la Cour a reconnu Maina coupable des 12 chefs d’accusation, le condamnant à une peine de huit ans de prison, et lui a ordonné de payer 2,1 milliards de nairas (environ 5 millions de dollars américains à l’époque). Un mois plus tard, Maina a fui le Nigeria mais a finalement été arrêté au Niger et extradé. Maina a purgé moins de quatre ans de prison et il est sorti en février 2025.
À la suite de sa condamnation, le troisième bien immobilier situé dans le Kentucky a été transféré à son ex-épouse, Laila, à l’issue d’une procédure de divorce. Cela pourrait exposer cette dernière à des poursuites pénales aux États-Unis pour blanchiment d’argent, et les autorités ont jusqu’en 2029 pour agir.
Faibles réglementations, forte impunité
Cette affaire illustre que les enquêtes sur des faits graves de corruption, en particulier lorsqu’elles impliquent des flux financiers importants, ne sauraient se limiter aux frontières nationales. D’autres enquêtes menées par PPLAAF sur le blanchiment de fonds publics nigérians par des personnes politiquement exposées (PPE) nigérianes dans le secteur de l’immobilier avaient déjà abouti à des conclusions similaires.
Au niveau international, la combinaison d’un faible cadre de transparence financière et du secret financier persistant facilite le blanchiment d’actifs entraînant ainsi un éloignement encore plus marqué des fonds publics par rapport aux populations qu’ils sont destinés à soutenir.
« Cette enquête montre qu’Abdulrasheed Maina s’est employé à dissimuler les fonds qu’il a détournés de l’État nigérian », a déclaré Jimmy Kande, directeur exécutif de PPLAAF. « La réglementation laxiste des marchés immobiliers aux États-Unis et à Dubaï a permis que cela se produise. Les autorités de toutes les parties concernées devraient travailler ensemble pour identifier, tracer et restituer les flux financiers illicites. »
PPLAAF appelle les régulateurs du marché de l’immobilier aux États-Unis et à Dubaï à renforcer le cadre juridique et financier encadrant les achats immobiliers, y compris la mise en place d’un contrôle approprié des PPE établies.
À propos de PPLAAF
La Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) est une organisation non gouvernementale créée en 2017. PPLAAF vise à défendre les lanceurs d’alerte, enquêter sur leurs révélations, mener du plaidoyer et engager des contentieux stratégiques en leur nom lorsque leurs révélations sont en lien avec l’intérêt général des citoyens africains.
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Sonia Rolley, directrice des enquêtes : sonia@pplaaf.org



